Dans une zone artisanale, un moteur de 11 kW à la peinture délavée attend devant un établi. Le vendeur le branche et le démarre ; le moteur tourne silencieusement et son prix est inférieur à la moitié de celui d'un neuf. La décision se prend généralement au vu de cette démonstration de quelques secondes. Pourtant, un moteur qui tourne à vide ne dit presque rien de ce qu'il fera en chauffant sous charge, ou au premier démarrage après une nuit humide.
Acheter un moteur électrique d'occasion n'est pas toujours une erreur. Mais un bon achat suppose d'effectuer quelques mesures avant de payer et de définir clairement dès le départ le rôle que le moteur jouera chez vous. Nous décrivons ci-dessous ces deux étapes dans l'ordre.
Définissez d'abord le travail que le moteur devra assurer
Un même moteur d'occasion peut être un achat raisonnable pour une entreprise et risqué pour une autre. La différence tient à l'endroit où il sera installé. En pratique, il est utile de distinguer trois rôles :
- Solution provisoire : un moteur qui fera tourner une machine pendant quelques semaines, en attendant l'arrivée du moteur définitif. L'attente porte ici sur une fiabilité de courte durée ; la durée de vie restante importe peu.
- Service continu non critique : un ventilateur d'aération ou une machine d'atelier qui fonctionne quelques centaines d'heures par an et dont la panne n'arrête pas la production. Ici, un moteur d'occasion peut se justifier.
- Ligne critique ou longue durée de fonctionnement : un moteur dont l'arrêt arrête la ligne, ou qui fonctionne plus de 4 000 heures par an. Dans ce rôle, les quelques inconnues d'un moteur d'occasion peuvent coûter plus cher que l'écart de prix à l'achat.
Écrire à l'avance le rôle du moteur évite aussi de se laisser séduire par le prix pendant la négociation. Qu'un moteur destiné à une ligne critique soit « bon marché » ne raccourcit pas la liste des questions.
Le contrôle sur banc
Si le vendeur l'autorise, l'ensemble des contrôles ci-dessous se fait en une demi-heure. Une pince ampèremétrique, un multimètre et un testeur d'isolement de 500 V (mégohmmètre) suffisent.
Plaque signalétique et carcasse
La première condition est une plaque lisible. Elle doit indiquer la puissance, la tension, le courant, la vitesse et si possible la classe de rendement. On peut estimer la puissance d'un moteur dont la plaque a été retirée ou recouverte de peinture à partir de la hauteur d'axe de la carcasse, mais cette estimation peut induire en erreur, car une même carcasse existe en plusieurs combinaisons de puissance et de nombre de pôles. Des traces de soudure sur la carcasse, une patte cassée, un flasque fissuré ou des trous de fixation repercés indiquent que le moteur a été malmené par le passé.
Arbre et roulements
Tournez l'arbre à la main. La rotation doit être douce et silencieuse, sans point dur perceptible. Forcez l'arbre de haut en bas et dans le sens axial pour vérifier s'il y a du jeu. Un écrasement de la rainure de clavette en bout d'arbre, des traces de frottement d'accouplement sur l'arbre ou un léger faux-rond laissent penser que le moteur a déjà fonctionné avec un accouplement mal aligné. Le remplacement des roulements est une opération peu coûteuse ; mais si le logement de roulement est ovalisé, le problème va jusqu'au remplacement du flasque.
Résistance du bobinage et isolement
Après avoir retiré les barrettes de la boîte à bornes, mesurez la résistance du bobinage des trois phases. Les trois valeurs doivent être très proches ; un écart marqué signale une bobine partiellement en court-circuit ou une connexion desserrée. Mesurez ensuite la résistance d'isolement entre chaque phase et la carcasse sous 500 V. Une valeur basse ne signifie pas toujours un bobinage mort ; sur les moteurs restés longtemps dans un entrepôt humide, elle peut se rétablir après séchage. Nous avons détaillé la méthode d'évaluation dans notre article sur la résistance d'isolement et l'essai au mégohmmètre.
Essai à vide
Raccordez le moteur selon la tension de la plaque, faites-le tourner à vide et mesurez à la pince le courant des trois phases. Les courants de phase doivent être proches les uns des autres. Après quelques minutes de fonctionnement, écoutez le bruit, vérifiez les vibrations et contrôlez à la main l'échauffement au niveau des roulements. Un courant à vide inhabituellement élevé par rapport à la plaque peut être le signe d'un moteur déjà rebobiné, et rebobiné sans soin.
Ce que le contrôle ne peut pas révéler
Même le contrôle le plus minutieux laisse certaines questions sans réponse. L'isolation du bobinage vieillit un peu à chaque surchauffe, et ce vieillissement ne se mesure pas de l'extérieur. Le moteur a pu déclencher deux fois le relais thermique en surcharge, ou fonctionner des années dans un milieu poussiéreux avec les ailettes encrassées. Rien de tout cela n'apparaît forcément dans la valeur actuelle au mégohmmètre.
La deuxième incertitude est l'historique de rebobinage. Le rendement d'un moteur rebobiné peut être inférieur à celui d'origine selon la qualité du rebobinage. Nous avons traité l'aspect technique de cette décision dans l'article « rebobiner le moteur ou en acheter un neuf ». Si le vendeur ne sait pas si le moteur a été rebobiné, il est plus prudent de considérer que c'est possible.
La troisième est la classe de rendement. Une part importante des anciens moteurs ne porte aucun code IE sur la plaque. Faire fonctionner un moteur d'occasion dans une entreprise ne pose généralement pas de problème réglementaire ; certaines situations peuvent cependant être appréciées différemment, comme les moteurs d'occasion importés pour la première fois de l'étranger. Vous trouverez cette distinction dans l'article sur l'impact de l'obligation IE3 et IE4 sur les installations existantes.
Mettez l'écart de prix en regard de l'énergie
Sur un moteur à longue durée de fonctionnement, le prix d'achat n'est qu'une petite partie du coût d'exploitation. Prenons un exemple : selon la CEI 60034-30-1, le rendement minimal IE3 d'un moteur de 7,5 kW 4 pôles est de 90,4 %. Le rendement d'un ancien moteur sans plaque peut être inférieur de quelques points. Si le moteur fournit environ 6 kW à l'arbre et fonctionne 4 000 heures par an, chaque point de rendement représente grossièrement 300 kWh par an. Avec quelques points d'écart, la facture d'électricité commence en quelques années à reprendre la somme économisée à l'achat d'occasion.
Si le même moteur équipe un ventilateur de secours qui tourne 300 heures par an, ce calcul devient négligeable. La comparaison énergétique doit donc, elle aussi, se faire selon le rôle du moteur.











